Jean-Paul Sartre (1905-1980). L'existentialisme est un humanisme (1945)
Parmi ses autres ?uvres philosophiques : Esquisse d'une théorie des émotions (1938), l'Etre et le Néant (1943), Critique de la Raison Dialectique (1985).
Mais aussi des romans, des pièces de théâtre, des essais, des essais politiques, des critiques littéraires, scénarios ...
L'existentialiste [?] pense qu'il est très gênant que Dieu n'existe pas, car avec lui disparaît toute possibilité de trouver des valeurs dans un ciel intelligible; il ne peut plus y avoir de bien a priori, puisqu'il n'y a pas de conscience infinie et parfaite pour le penser; il n'est écrit nulle part que le bien existe, qu'il faut être honnête, qu'il ne faut pas mentir, puisque précisément nous sommes sur un plan où il y a seulement des hommes. Dostoïevski a écrit : ?Si Dieu n'existe pas, tout est permis.? C'est là le point de départ de l'existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n'existe pas, et par conséquent l'homme est délaissé, parce qu'il ne trouve ni en lui, ni hors de lui, une possibilité de s'accrocher. Il ne trouve d'abord pas d'excuses. Si, en effet, l'existence précède l'essence, on ne pourra jamais expliquer un acte humain par référence à une nature humaine donnée et figée; autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté. Si, d'autre part, Dieu n'existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi, nous n'avons ni derrière nous, ni devant nous, dans le domaine numineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait. L'existentialiste ne croit pas à la puissance de la passion. Il ne pensera jamais qu'une belle passion est un torrent dévastateur qui conduit fatalement l'homme à certains actes, et qui, par conséquent, est une excuse. Il pense que l'homme est responsable de sa passion.
Pistes de lecture
1° Certaines expressions sont un peu mystérieuses. Nous pouvons les éclairer ensemble : « un ciel intelligible », « le domaine numineux des valeurs », « l'existence précède l'essence ». Il peut y en avoir d'autres, relevez-les pour que nous en parlions avant de commencer notre travail personnel.
2° De quelle liberté parle Sartre ?
3° « L'homme est délaissé », « nous sommes seuls », « l'homme est condamné à être libre » : ces expressions sont-elles vraiment négatives ? Paradoxalement, peuvent-elles enthousiasmer
quelqu'un ?
4° Que vous suggère la lecture de ce texte ? (réactions, liens avec d'autres lectures, critiques positives et/ou négatives...).